Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/345

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quelque chose d’inquiétant, car un mystérieux nuage couvre toujours les affaires des jésuites.

À propos des jésuites, je reçus cette lettre de M. de Montlosier, et je lui fis la réponse qu’on lira après cette lettre.


Ne derelinquas amicum antiquum,
Novus enim non erit similis illi.
wwwww(eccles.)

« Mon cher ami, ces paroles ne sont pas seulement d’une haute antiquité, elles ne sont pas seulement d’une haute sagesse ; pour le chrétien, elles sont sacrées. J’invoque auprès de vous tout ce qu’elles ont d’autorité. Jamais entre les anciens amis, jamais entre les bons citoyens, le rapprochement n’a été plus nécessaire. Serrer ses rangs, serrer entre nous tous les liens, exciter avec émulation tous nos vœux, tous nos efforts, tous nos sentiments, est un devoir commandé par l’état éminemment déplorable du roi et de la patrie. En vous adressant ces paroles, je n’ignore pas qu’elles seront reçues par un cœur que l’ingratitude et l’injustice ont navré ; et cependant je vous les adresse encore avec confiance, certain que je suis qu’elles se feront jour à travers toutes les nuées. En ce point délicat, je ne sais, mon cher ami, si vous serez content de moi ; mais, au milieu de vos tribulations, si par hasard j’ai entendu vous accuser, je ne me suis point occupé à vous défendre : je n’ai pas même écouté. Je me suis dit en moi-même : Et quand cela serait ? Je ne sais si Alcibiade n’eut pas un peu trop d’humeur quand il mit hors de sa propre maison le rhéteur qui ne