Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/377

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. . . . . . . Juga cœpta moveri
Silvarum, visæque canes ululare per umbram[1].

Mais si la scène a changé d’une manière déplorable, Je ne dois, dit-on, accuser que moi-même : pour venger ce qui m’a semblé une injure, j’ai tout divisé, et cette division a produit en dernier résultat le renversement du trône. Voyons.

M. de Villèle a déclaré qu’on ne pouvait gouverner ni avec moi ni sans moi. Avec moi, c’était une erreur ; sans moi, à l’heure où M. de Villèle disait cela, il disait vrai, car les opinions les plus diverses me composaient une majorité.

M. le président du conseil ne m’a jamais connu. Je lui étais sincèrement attaché ; je l’avais fait entrer dans son premier ministère, ainsi que le prouvent le billet de remercîments de M. le duc de Richelieu et les autres billets que j’ai cités. J’avais donné ma démission de plénipotentiaire à Berlin, lorsque M. de Villèle s’était retiré. On lui persuada qu’à sa seconde rentrée dans les affaires, je désirais sa place. Je n’avais point ce désir. Je ne suis point de la race intrépide, sourde à la voix du dévouement et de la raison. La vérité est que je n’ai aucune ambition ; c’est précisément la passion qui me manque, parce que j’en ai une autre qui me domine. Lorsque je priais M. de Villèle de porter au roi quelque dépêche importante, pour m’éviter la peine d’aller au château, afin de me laisser le loisir de visiter une chapelle gothique dans la rue Saint-Julien-le-Pauvre, il aurait été bien rassuré contre mon ambition, s’il eût mieux jugé de ma candeur puérile ou de la hauteur de mes dédains.

  1. Enéide, VI, v. 256-257.