Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/388

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trop rarement de le citer. Ensuite madame de Staël dans sa correspondance, Benjamin Constant dans ses souvenirs, les uns imprimés, les autres manuscrits, M. Ballanche dans une notice sur notre commune amie, madame la duchesse d’Abrantès dans ses esquisses, madame de Genlis dans les siennes, ont abondamment fourni les matériaux de ma narration : je n’ai fait que nouer les uns aux autres tant de beaux noms, en remplissant les vides par mon récit, quand quelques anneaux de la chaîne des événements étaient sautés ou rompus.

Montaigne dit que les hommes vont béant aux choses futures : j’ai la manie de béer aux choses passées. Tout est plaisir, surtout lorsque l’on tourne les yeux sur les premières années de ceux que l’on chérit ; on allonge une vie aimée ; on étend l’affection que l’on ressent sur des jours que l’on a ignorés et que l’on ressuscite ; on embellit ce qui fut de ce qui est ; on recompose de la jeunesse.


J’ai vu à Lyon le Jardin des Plantes établi sur les ruines de l’amphithéâtre antique et dans les jardins de l’ancienne abbaye de la Déserte, maintenant abattue : le Rhône et la Saône sont à vos pieds ; au loin s’élève la plus haute montagne de l’Europe, première colonne milliaire de l’Italie, avec son écriteau blanc au-dessus des nuages. Madame Récamier[1] fut mise dans cette abbaye, elle y passa son enfance derrière

  1. Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde Bernard était née à Lyon le 4 décembre 1777. De tous ces noms de baptême, le seul qui lui fût resté dans l’habitude était celui de Julie transformé en Juliette. — Son père, Jean Bernard, était notaire à Lyon ; il fut nommé, en 1784, receveur des finances à Paris.