Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/404

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d’un génie exercé communiquées à une jeune intelligence digne de les recevoir : tout cela formait une réunion qu’il est impossible de peindre sans avoir eu le bonheur d’en être témoin soi-même.

« L’amitié de madame Récamier pour madame de Staël se fortifia d’un sentiment qu’elles éprouvaient toutes deux, l’amour filial. Madame Récamier était tendrement attachée à sa mère, femme d’un rare mérite, dont la santé donnait déjà des craintes, et que sa fille ne cesse de regretter depuis qu’elle l’a perdue. Madame de Staël avait voué à son père un culte que la mort n’a fait que rendre plus exalté. Toujours entraînante dans sa manière de s’exprimer, elle le devient encore surtout quand elle parle de lui. Sa voix émue, ses yeux prêts à se mouiller de larmes, la sincérité de son enthousiasme, touchaient l’âme de ceux mêmes qui ne partageaient pas son opinion sur cet homme célèbre. On a fréquemment jeté du ridicule sur les éloges qu’elle lui a donnés dans ses écrits ; mais quand on l’a entendue sur ce sujet, il est impossible d’en faire un objet de moquerie, parce que rien de ce qui est vrai n’est ridicule. »

Les lettres de Corinne à son amie madame Récamier commencèrent à l’époque rappelée ici par Benjamin Constant : elles ont un charme qui tient presque de l’amour ; j’en ferai connaître quelques-unes.

« Coppet, 9 septembre.

« Vous souvenez-vous, belle Juliette, d’une personne que vous avez comblée de marques d’intérêt cet hiver, et qui se flatte de vous engager à redou-