Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/410

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souveraineté se pressaient aux pieds de madame Récamier comme si elle disposait des couronnes.

Ce billet de Bernadotte, qui règne aujourd’hui sur la Suède, termina le voyage de madame Récamier en Angleterre.

« . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les journaux anglais, en calmant mes inquiétudes sur votre santé, m’ont appris les dangers auxquels vous avez été exposée. J’ai blâmé d’abord le peuple de Londres dans son grand empressement ; mais, je vous l’avoue, il a été bientôt excusé, car je suis partie intéressée lorsqu’il faut justifier les personnes qui se rendent indiscrètes pour admirer les charmes de votre céleste figure.

« Au milieu de l’éclat qui vous environne et que vous méritez à tant de titres, daignez vous souvenir quelquefois que l’être qui vous est le plus dévoué dans la nature est

« Bernadotte. »

Madame de Staël, menacée de l’exil, tenta de s’étabir à Maffliers, campagne à huit lieues de Paris[1]. Elle accepta la proposition que lui fit madame Récamier, revenue d’Angleterre, de passer quelques jours à Saint-Brice avec elle ; ensuite elle retourna dans son premier asile. Elle rend compte de ce qui lui arriva alors, dans les Dix années d’exil.

« J’étais à table, dit-elle, avec trois de mes amis,

  1. Cette maison de campagne appartenait à Mme de la Tour, « personne vraiment bonne et spirituelle », à qui Mme de Staël avait été recommandée par M. Regnaud de Saint-Jean-d’Angély, alors président de la section de l’intérieur au Conseil d’État