Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/412

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mier. Je trouvai le général Junot, qui, par dévouement pour elle, promit d’aller le lendemain parler au premier Consul. Il le fit en effet avec la plus grande chaleur […]

« La veille du jour qui m’était accordé, Joseph Bonaparte fit encore une tentative […]

« Je fus obligée d’attendre la réponse dans une auberge à deux lieues de Paris, n’osant pas rentrer chez moi dans la ville. Un jour se passa sans que cette réponse me parvînt. Ne voulant pas attirer l’attention sur moi en restant plus longtemps dans l’auberge où j’étais, je fis le tour des murs de Paris pour en aller chercher une autre, de même à deux lieues de Paris, mais sur une route différente. Cette vie errante, à quatre pas de mes amis et de ma demeure, me causait une douleur que je ne puis me rappeler sans frissonner.[1] »

Madame de Staël, au lieu de retourner à Coppet, partit pour son premier voyage d’Allemagne. À cette époque elle m’écrivit, sur la mort de madame de Beaumont, la lettre que j’ai citée dans mon premier voyage de Rome.

Madame Récamier réunissait chez elle, à Paris, ce qu’il y avait de plus distingué dans les partis opprimés et dans les opinions qui n’avaient pas tout cédé à la victoire. On y voyait les illustrations de l’ancienne monarchie et du nouvel empire : les Montmorency, les Sabran, les Lamoignon, les généraux Masséna, Moreau et Bernadotte ; celui-là destiné à l’exil, celui-ci au trône. Les étrangers illustres s’y rendaient aussi ; le prince d’Orange, le prince de Bavière, le frère de

  1. Mme de Staël, Dix années d’exil, 1re partie, chap. XI.