Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/413

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

la reine de Prusse l’environnaient, comme à Londres le prince de Galles était fier de porter son châle. L’attrait était si irrésistible qu’Eugène de Beauharnais et les ministres mêmes de l’empereur allaient à ces réunions. Bonaparte ne pouvait souffrir le succès, même celui d’une femme. Il disait : « Depuis quand le conseil se tient-il chez madame Récamier ? »

Je reviens maintenant au récit de Benjamin Constant : « Depuis longtemps Bonaparte, qui s’était emparé du gouvernement, marchait ouvertement à la tyrannie. Les partis les plus opposés s’aigrissaient contre lui, et tandis que la masse des citoyens se laissait énerver encore par le repos qu’on lui promettait, les républicains et les royalistes désiraient un renversement. M. de Montmorency appartenait à ces derniers par sa naissance, ses rapports et ses opinions. Madame Récamier ne tenait à la politique que par son intérêt généreux pour les vaincus de tous les partis. L’indépendance de son caractère l’éloignait de la cour de Napoléon dont elle avait refusé de faire partie. M. de Montmorency imagina de lui confier ses espérances, lui peignit le rétablissement des Bourbons sous des couleurs propres à exciter son enthousiasme, et la chargea de rapprocher deux hommes importants alors en France, Bernadotte et Moreau, pour voir s’ils pouvaient se réunir contre Bonaparte. Elle connaissait beaucoup Bernadotte, qui depuis est devenu prince royal de Suède. Quelque chose de chevaleresque dans la figure, de noble dans les manières, de très fin dans l’esprit, de déclamatoire dans la conversation, en