Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/416

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nous pouvons guidés par vous. » Moreau répéta ce qu’il avait dit souvent : « Qu’il sentait le danger dont la liberté était menacée, qu’il fallait surveiller Bonaparte, mais qu’il craignait la guerre civile. »

Cette conversation se prolongeait et s’animait ; Bernadotte s’emporta et dit au général Moreau : « Vous n’osez pas prendre la cause de la liberté ; eh bien, Bonaparte se jouera de la liberté et de vous. Elle périra malgré nos efforts, et vous, vous serez enveloppé dans sa ruine sans avoir combattu. » Paroles prophétiques !

La mère de madame Récamier était liée avec madame Hulot, mère de madame Moreau, et madame Récamier avait contracté avec cette dernière une de ces liaisons d’enfance qu’on est heureux de continuer dans le monde.

Pendant le procès du général Moreau, madame Récamier passait sa vie chez madame Moreau. Celle-ci dit à son amie que son mari se plaignait de ne l’avoir pas encore vue parmi le public qui remplissait la salle et le tribunal. Madame Récamier s’arrangea pour assister le lendemain de cette conversation à la séance. Un des juges, M. Brillat-Savarin[1], se chargea de la

  1. Anthelme Brillat-Savarin (1755-1826). Député du Tiers aux États généraux pour le bailliage de Bugey et Valromey, il siégea parmi les modérés, émigra en 1793 et se retira en Suisse, puis à New-York, où il se créa des ressources en donnant des leçons de français et en tenant le premier violon dans un petit théâtre. Sous le Consulat, il fut nommé juge au Tribunal de Cassation (1er avril 1800). Il mourut conseiller à la Cour de Cassation le 2 février 1826, des suites d’un rhume contracté dans l’église de Saint-Denis, à la cérémonie expiatoire du 21 janvier. L’année précédente, il avait publié l’ouvrage qui a fait sa gloire, la Physiologie du goût. — Balzac, sans doute comme auteur de