Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/42

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renouvelées de Mirabeau, n’étaient plus que des armes hors d’usage, tirées d’un vieil arsenal. Si La Fayette rejoignait noblement la fin et le commencement de sa vie, il n’était pas en son pouvoir de souder les deux bouts de la chaîne rompue du temps. Benjamin Constant se rendit auprès de l’empereur à l’Élysée-Bourbon ; il le trouva dans son jardin. La foule remplissait l’avenue de Marigny et criait : Vive l’Empereur ! cri touchant échappé des entrailles populaires ; il s’adressait au vaincu ! Bonaparte dit à Benjamin Constant : « Que me doivent ceux-ci ? je les ai trouvés, je les ai laissés pauvres. » C’est peut-être le seul mot qui lui soit sorti du cœur, si toutefois l’émotion du député n’a pas trompé son oreille. Bonaparte, prévoyant l’événement, vint au-devant de la sommation qu’on se préparait à lui faire ; il abdiqua pour n’être pas contraint d’abdiquer : « Ma vie politique est finie, dit-il : je déclare mon fils, sous le nom de Napoléon II, empereur des Français. » Inutile disposition, telle que celle de Charles X en faveur de Henri V : on ne donne des couronnes que lorsqu’on les possède, et les hommes cassent le testament de l’adversité. D’ailleurs l’empereur n’était pas plus sincère en descendant du trône une seconde fois qu’il ne l’avait été dans sa première retraite ; aussi, lorsque les commissaires français allèrent apprendre au duc de Wellington que Napoléon avait abdiqué, il leur répondit : « Je le savais depuis un an. »

La Chambre des représentants, après quelques débats où Manuel[1] prit la parole, accepta la nouvelle

  1. Jacques-Antoine Manuel (1775-1827). Il était avocat à Aix, lorsque les électeurs des Cent-Jours l’envoyèrent à la Chambre