Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/43

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abdication de son souverain, mais vaguement et sans nommer de régence.

Une commission exécutive est créée[1] : le duc d’Otrante la préside ; trois ministres, un conseiller d’État et un général de l’empereur la composent et dépouil-

    des représentants. Manuel ne parut à la tribune qu’après Waterloo. Le 23 juin, il fit voter un ordre du jour portant que Napoléon II était devenu empereur des Français. Le 27, il fit prévaloir l’urgence de la discussion de la Constitution et du budget. Le 3 juillet, il présenta un projet d’adresse qui fut trouvé trop vague et qu’il défendit en protestant bien haut qu’il croyait le bonheur de la France incompatible avec le retour des Bourbons ; le 5, il demanda, en présence des propositions théoriques de Garat, qu’on mît dans la Constitution plus de « positif » et moins d’ « idéologie ». Le 7, à la nouvelle que les Alliés s’étaient engagés à replacer Louis XVIII sur le trône, il s’éleva contre un acte qui blessait « notre liberté et nos droits ». — Membre de la Chambre des députés de 1818 à 1824, il fit au gouvernement royal une opposition que rendait redoutable son remarquable talent d’improvisateur. Lors de la discussion sur la guerre d’Espagne, le 27 février 1823, il répondit au magnifique discours par lequel Chateaubriand, alors ministre des Affaires étrangères, avait défendu l’expédition. Par deux fois, il prononça des paroles, où ses collègues virent une apologie du régicide. Le 3 mars, la Chambre décida qu’il serait exclu des séances pendant toute la durée de la session. Le lendemain, Manuel vint prendre place à son banc. Sur son refus de se retirer, et après que le sergent Mercier, commandant le détachement de garde nationale qui faisait le service d’honneur à la Chambre des députés, eut refusé de porter la main sur lui, il fut expulsé par le colonel de Foucault requis, à cet effet, avec un détachement de gendarmerie, par le président, M. Ravez. — Manuel ne fut pas réélu : il passa dans la retraite les dernières années de sa vie et mourut chez son ami M. Laffitte au château de Maisons (Seine-et-Oise) le 22 août 1827. Le 24 août, son corps fut transporté au Père-Lachaise, suivi d’une foule immense ; malgré les précautions prises par la police, qui n’avait accordé le passage que par les boulevards extérieurs, ce ne fut qu’à grand’peine qu’on put éviter des troubles sérieux.

  1. Le 22 juin 1815.