Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/420

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que nous venions d’éprouver, est venue nous assiéger dans cette ville.

« Quoique les couches de mon épouse nous aient forcés d’y rester plus d’un mois pendant la maladie, nous avons été assez heureux pour nous préserver de la contagion ; un seul de nos gens en a été atteint.

« Enfin, nous sommes à Chiclana, très joli village à quelques lieues de Cadix, jouissant d’une bonne santé, et mon épouse en pleine convalescence après m’avoir donné une fille très bien portante.

« Persuadée que vous prendrez autant d’intérêt à cet événement qu’à tout ce qui nous est arrivé, elle me charge de vous en faire part et de la rappeler à votre amitié.

« Je ne vous parle pas du genre de vie que nous menons, il est excessivement ennuyeux et monotone ; mais au moins nous respirons en liberté, quoique dans le pays de l’inquisition.

« Je vous prie, madame, de recevoir l’assurance de mon respectueux attachement, et de me croire pour toujours

« Votre très humble et très obéissant serviteur,

« V. Moreau. »

Cette lettre est datée de Chiclana, lieu qui sembla promettre avec de la gloire un règne assuré à M. le duc d’Angoulême : et pourtant il n’a fait que paraître sur ce bord aussi fatalement que Moreau, qu’on a cru dévoué aux Bourbons. Moreau au fond de l’âme était dévoué à la liberté ; lorsqu’il eut le malheur de se joindre à la coalition, il s’agissait uniquement à ses yeux de combattre le despotisme de Bonaparte.