Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/422

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madame de Staël fut bientôt instruite de ce malheureux événement. Elle écrivit sur-le-champ à madame Récamier, son amie :

« Genève, 17 novembre[1].

« Ah ! ma chère Juliette, quelle douleur j’ai éprouvée par l’affreuse nouvelle que je reçois ! que je maudis l’exil qui ne me permet pas d’être auprès de vous, devons serrer contre mon cœur ! Vous avez perdu tout ce qui tient à la facilité, à l’agrément de la vie ; mais s’il était possible d’être plus aimée, plus intéressante que vous ne l’étiez, c’est ce qui vous serait arrivé. Je vais écrire à M. Récamier, que je plains et que je respecte. Mais, dites-moi, serait-ce un rêve que de vous voir ici cet hiver ? Si vous vouliez, trois mois passés ici, dans un cercle étroit où vous seriez passionnément soignée ; mais à Paris aussi vous inspirez ce sentiment. Enfin, au moins à Lyon, ou jusqu’à mes quarante lieues, j’irai pour vous voir, pour vous embrasser, pour vous dire que je me suis senti pour vous plus de tendresse

    mort de M. Necker. Elle se produisit dans l’automne de 1806. Par suite d’une série de circonstances, et plus particulièrement de l’état politique et financier de l’Espagne, la maison de banque de M. Récamier se trouva en présence de graves embarras. Pour les conjurer, il aurait suffi que la Banque de France fût autorisée à lui avancer un million, avance en garantie de laquelle il offrait de donner de très bonnes valeurs. Le prêt d’un million fut durement refusé, et la catastrophe eut lieu. M. Récamier abandonna à ses créanciers tout ce qu’il possédait, et en reçut ce témoignage de confiance et d’estime, d’être mis par eux à la tête de la liquidation de ses affaires. Sa femme vendit jusqu’à son dernier bijou. On se défit de l’argenterie, l’hôtel de la rue du Mont-Blanc fut mis en vente. Il fut acheté par M. Mosselmann.

  1. 17 novembre 1806.