Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/449

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il eût encore été la marque du pouvoir d’une reine.

Caroline reçut madame Récamier avec un empressement d’autant plus affectueux que l’oppression de la tyrannie se faisait sentir jusqu’à Portici. Cependant, la ville qui possède le tombeau de Virgile et le berceau du Tasse, cette ville où vécurent Horace et Tite-Live, Boccace et Sannazar, où naquirent Durante et Cimarosa, avait été embellie par son nouveau maître. L’ordre s’était rétabli : les lazzaroni ne jouaient plus à la boule avec des têtes pour amuser l’amiral Nelson et lady Hamilton. Les fouilles de Pompéi s’étaient étendues ; un chemin serpentait sur le Pausilippe, dans les flancs duquel j’avais passé en 1803[1] pour aller m’enquérir à Literne de la retraite de Scipion. Ces royautés nouvelles d’une dynastie militaire avaient fait renaître la vie dans des pays où se manifestait auparavant la moribonde langueur d’une vieille race. Robert Guiscard, Guillaume Bras de Fer, Roger et Tancrède semblaient être revenus, moins la chevalerie.

Madame Récamier était à Naples au mois de février 1814 : où étais-je donc alors ? dans ma Vallée-aux-Loups, commençant l’histoire de ma vie. Je m’occupais des jeux de mon enfance au bruit des pas des soldats étrangers. La femme dont le nom devait clore ces Mémoires errait sur les marines de Baïes. N’avais-je pas un pressentiment du bien qui m’arriverait un jour de cette terre, alors que je peignais la séduction parthénopéenne dans les Martyrs :

« Chaque matin, aussitôt que l’aurore commençait à paraître, je me rendais sous un portique. Le soleil

  1. La date exacte de l’excursion de Chateaubriand à Literne est : Janvier 1804.