Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/450

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se levait devant moi ; il illuminait de ses feux les plus doux la chaîne des montagnes de Salerne, le bleu de la mer parsemé des voiles blanches du pêcheur, les îles de Caprée, d’Œnaria et de Prochyta, le cap de Misène et Baïes avec tous ses enchantements.

« Des fleurs et des fruits humides de rosée sont moins suaves et moins frais que le paysage de Naples sortant des ombres de la nuit. J’étais toujours surpris, en arrivant au portique, de me trouver au bord de la mer, car les vagues dans cet endroit faisaient à peine entendre le léger murmure d’une fontaine ; en extase devant ce tableau, je m’appuyais contre une colonne, et sans pensée, sans désir, sans projet, je restais des heures entières à respirer un air délicieux. Le charme était si profond, qu’il me semblait que cet air divin transformait ma propre substance, et qu’avec un plaisir indicible je m’élevais vers le firmament comme un pur esprit… Attendre ou chercher la beauté, la voir s’avancer dans une nacelle et nous sourire du milieu des flots ; voguer avec elle sur la mer, dont nous semions la surface de fleurs ; suivre l’enchanteresse au fond de ces bois de myrthe et dans les champs heureux où Virgile plaça l’Élysée : telle était l’occupation de nos jours…

« Peut-être est-il des climats dangereux à la vertu par leur extrême volupté ; et n’est-ce point ce que voulut enseigner une fable ingénieuse en racontant que Parthénope fut bâtie sur le tombeau d’une sirène ? L’éclat velouté de la campagne, la tiède température de l’air, les contours arrondis des montagnes, les molles inflexions des fleuves et des