Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/457

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intérêts du peuple dont il était devenu le souverain. Madame Récamier lui dit : « Vous êtes Français, c’est aux Français que vous devez rester fidèle. » La figure de Murat se décomposa ; il repartit : « Je suis donc un traître ? qu’y faire ? il est trop tard ! » Il ouvrit avec violence une fenêtre et montra de la main une flotte anglaise entrant à pleines voiles dans le port.

Le Vésuve venait d’éclater et jetait des flammes. Deux heures après, Murat était à cheval à la tête de ses gardes ; la foule l’environnait en criant : « Vive le roi Joachim ! » Il avait tout oublié ; il paraissait ivre de joie. Le lendemain, grand spectacle au théâtre Saint-Charles ; le roi et la reine furent reçus avec des acclamations frénétiques, inconnues des peuples en deçà des Alpes. On applaudit aussi l’envoyé de François II : dans la loge du ministre de Napoléon, il n’y avait personne ; Murat en parut troublé, comme s’il eût vu au fond de cette loge le spectre de la France.

L’armée de Murat, mise en mouvement le 16 février 1814, force le prince Eugène à se replier sur l’Adige. Napoléon, ayant d’abord obtenu des succès inespérés en Champagne, écrivait à sa sœur Caroline des lettres qui furent surprises par les alliés et communiquées au Parlement d’Angleterre par lord Castlereagh ; il lui disait : « Votre mari est très brave sur le champ de bataille ; mais il est plus faible qu’une femme ou qu’un moine quand il ne voit pas l’ennemi. Il n’a aucun courage moral. Il a eu peur et il n’a pas ha-