Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/464

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le sort de mes enfants : l’honneur m’impose le devoir de combattre, et la nature me dit que je dois être à mes enfants. À qui obéir ? Ne puis-je satisfaire à tous deux ? Me sera-t-il permis d’écouter l’un ou l’autre ? Déjà l’empereur me refuse des armées ; et l’Autriche m’accordera-t-elle les moyens d’aller rejoindre mes enfants ? les lui demanderai-je, moi qui n’ai jamais voulu traiter avec ses ministres ? Voilà ma situation : donnez-moi des conseils. J’attendrai votre réponse, celle du duc d’Otrante et de Lucien, avant de prendre une détermination. Consultez bien l’opinion sur ce que l’on croit qu’il me convient de faire, car je ne suis pas libre sur le choix de ma retraite ; on revient sur le passé et on me fait un crime d’avoir, par ordre, perdu mon trône, quand ma famille gémit dans la captivité. Conseillez-moi ; écoutez la voix de l’honneur, celle de la nature, et, en juge impartial, ayez le courage de m’écrire ce qu’il faut que je fasse. J’attendrai votre réponse sur la route de Marseille à Lyon. »

Laissant de coté les vanités personnelles et ces illusions qui sortent du trône, même d’un trône où l’on ne s’est assis qu’un moment, ces lettres nous apprennent quelle idée Murat se faisait de son beau-frère.

Bonaparte perd une seconde fois l’empire ; Murat vagabonde sans asile sur ces mêmes plages qui ont vu errer la duchesse de Berry. Des contrebandiers consentent, le 22 août 1815, à le passer, lui et trois autres, à l’île de Corse. Une tempête l’accueille : la balancelle qui faisait le service entre Bastia et Toulon le reçoit à son bord. À peine a-t-il quitté son embar-