Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/47

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au plus noble droit du citoyen, au droit de défendre mon pays. Dans ces graves circonstances, j’offre mes services comme général, me regardant encore comme le premier soldat de la patrie. »

Le duc de Bassano lui ayant représenté que les Chambres ne seraient pas pour lui : « Alors je le vois bien, » dit-il, « il faut toujours céder. Cet infâme Fouché vous trompe, il n’y a que Caulaincourt et Carnot qui valent quelque chose ; mais que peuvent-ils faire, avec un traître, Fouché, et deux niais, Quinette et Grenier, et deux Chambres qui ne savent ce qu’elles veulent ? Vous croyez tous comme des imbéciles aux belles promesses des étrangers ; vous croyez qu’ils vous mettront la poule au pot, et qu’ils vous donneront un prince de leur façon, n’est-ce pas ? Vous vous trompez[1]. »

Des plénipotentiaires furent envoyés aux alliés. Napoléon requit le 29 juin deux frégates, stationnées à Rochefort, pour le transporter hors de France ; en attendant il s’était retiré à la Malmaison.

Les discussions étaient vives à la Chambre des pairs. Longtemps ennemi de Bonaparte, Carnot, qui signait l’ordre des égorgements d’Avignon sans avoir le temps de le lire, avait eu le temps, pendant les Cent-Jours, d’immoler son républicanisme au titre de comte. Le 22 juin, il avait lu au Luxembourg une lettre du ministre de la guerre, contenant un rapport exagéré sur les ressources militaires de la France. Ney, nouvellement arrivé, ne put entendre ce rapport sans colère. Napoléon, dans ses bulletins, avait parlé du maréchal avec un mécontentement mal déguisé, et Gourgaud

  1. Voyez les Œuvres de Napoléon, tome ier, dernières pages. Ch.