Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/480

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maison de la rue d’Anjou il y avait un jardin, dans ce jardin un berceau de tilleuls, entre les feuilles desquels j’apercevais un rayon de lune, lorsque j’attendais madame Récamier : ne me semble-t-il pas que ce rayon est à moi, et que si j’allais sous les mêmes abris, je le retrouverais ? Je ne me souviens guère du soleil que j’ai vu briller sur bien des fronts.

J’étais au moment d’être obligé de vendre la Vallée-aux-Loups, que madame Récamier avait louée, de moitié avec M. de Montmorency.

De plus en plus éprouvée par la fortune, madame Récamier se retira bientôt à l’Abbaye-aux-Bois[1].

La duchesse d’Abrantès parle ainsi de cette demeure :

« L’Abbaye-aux-Bois avec toutes ses dépendances, ses beaux jardins, ses vastes cloîtres dans lesquels jouaient de jeunes filles de tous les âges, au regard insoucieux, à la parole folâtre, l’Abbaye-aux-Bois n’était connue que comme une sainte demeure à laquelle une famille pouvait confier son espoir ; encore ne l’était-elle que par les mères ayant un intérêt au delà de sa haute muraille. Mais, une fois que la sœur Marie avait fermé la petite porte surmontée d’un attique, limite du saint domaine, on traversait la grande cour qui sépare le couvent de

  1. C’est en 1819 que Mme Récamier se retira à l’Abbaye-aux-Bois, dans un petit appartement au troisième étage, carrelé, incommode, dont l’escalier était des plus rudes à monter, ce qui ne l’empêchait pas d’être gravi chaque jour par les plus grandes dames du faubourg Saint-Germain et par tout ce que Paris comptait d’illustrations.