Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/518

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cisme, à embrasser une politique où l’initiative particulière de chaque nation s’effacerait devant les décisions prises en commun par une sorte de directoire des grandes puissances chargé de faire prévaloir partout les intérêts du droit et de l’humanité, le loyal et chevaleresque Mathieu de Montmorency avait été conduit à demander que la Russie, l’Autriche, la Prusse et la France adressassent à l’Espagne une dernière signification, après laquelle les ambassadeurs seraient rappelés. M. de Villèle se prononça contre cette action collective, dans le conseil des ministres qui fut tenu aux Tuileries le 25 janvier 1822. Il revendiqua pour la France le droit d’intervenir seule. Louis XVIII se rangea à son avis, et déclara que « la France était vis-à-vis de l’Espagne dans une position spéciale ; que, pour elle, rappeler l’ambassadeur, c’était trop ou trop peu ; » puis il ajouta : « Louis XIV a détruit les Pyrénées, je ne les laisserai pas relever ; il a placé ma maison sur le trône d’Espagne, je ne l’en laisserai pas tomber ; mon ambassadeur ne doit quitter Madrid que le jour où cent mille Français s’avanceront pour le remplacer. » Parler ainsi, c’était séparer l’action de la France de celle des autres puissances ; M. Duvergier de Hauranne n’hésite pas à le reconnaître.[1] C’était désavouer M. de Montmorency ; il remit aussitôt son portefeuille. Il avait voulu faire de la question d’Espagne une question européenne ; avec Chateaubriand, son successeur, elle devint une question française. Le chef du cabinet britannique, M. Canning, s’en montra profondément irrité. L’hostilité de l’Angleterre n’arrêta point le gouvernement de Louis XVIII. « Tenez le ton haut avec les ministres anglais », écrivait Chateaubriand, le 16 janvier 1823, à M. de Marcellus, représentant de la France

  1. Histoire du gouvernement parlementaire en France, tome VII, p. 218. — Voir aussi, sur le Congrès de Vérone et la guerre d’Espagne, le beau récit de M. Alfred Nettement, Histoire de la Restauration tome VI, livres XII, XIII et XIV.