Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/64

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qu’avec les muets du sérail de Bajazet, ou les muets du Corps législatif de Bonaparte. Que deviendra le ministre si un député, montant à la tribune un Moniteur à la main, lit le rapport de la Convention du 9 août 1795 ; s’il demande l’expulsion de Fouché comme indigne en vertu de ce rapport qui le chassait, lui Fouché (je cite textuellement), comme un voleur et un terroriste, dont la conduite atroce et criminelle communiquait le déshonneur et l’opprobre à toute assemblée quelconque dont il deviendrait membre[1]  ? »

Voilà les choses que l’on a oubliées !

Après tout, avait-on le malheur de croire qu’un homme de cette espèce pouvait jamais être utile ? il fallait le laisser derrière le rideau, consulter sa triste expérience ; mais faire violence à la couronne et à l’opinion, appeler à visage découvert un pareil ministre aux affaires, un homme que Bonaparte, dans ce moment même, traitait d’infâme, n’était-ce pas déclarer qu’on renonçait à la liberté et à la vertu ? Une couronne vaut-elle un pareil sacrifice ? On n’était plus maître d’éloigner personne : qui pouvait-on exclure après avoir pris Fouché ?

Les partis agissaient sans songer à la forme du gouvernement qu’ils avaient adoptée ; tout le monde parlait de constitution, de liberté, d’égalité, de droit des peuples, et personne n’en voulait ; verbiage à la mode : on demandait, sans y penser, des nouvelles de la Charte, tout en espérant qu’elle crèverait bientôt. Libéraux et royalistes inclinaient au gouvernement absolu,

  1. Séance de la Convention du 22 thermidor an III (9 août 1795). — Moniteur du 14 août.