Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/63

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madame de Chateaubriand au milieu du grand chemin dans sa voiture, et j’allai au conseil à la mairie. Là fut mise en délibération une mesure d’où devait dépendre le sort futur de la monarchie. La discussion s’entama : je soutins, seul avec M. Beugnot, qu’en aucun cas Louis XVIII ne devait admettre dans ses conseils M. Fouché. Le roi écoutait : je voyais qu’il eût tenu volontiers la parole de Roye ; mais il était absorbé par Monsieur et pressé par le duc de Wellington.

Dans un chapitre de la Monarchie selon la Charte, j’ai résumé les raisons que je fis valoir à Gonesse. J’étais animé ; la parole parlée a une puissance qui s’affaiblit dans la parole écrite : « Partout où il y a une tribune ouverte, dis-je dans ce chapitre, quiconque peut être exposé à des reproches d’une certaine nature ne peut être placé à la tête du gouvernement. Il y a tel discours, tel mot, qui obligerait un pareil ministre à donner sa démission en sortant de la Chambre. C’est cette impossibilité résultante du principe libre des gouvernements représentatifs que l’on ne sentit pas lorsque toutes les illusions se réunirent pour porter un homme fameux au ministère, malgré la répugnance trop fondée de la couronne. L’élévation de cet homme devait produire l’une de ces deux choses : ou l’abolition de la Charte, ou la chute du ministère à l’ouverture de la session. Se représente-t-on le ministre dont je veux parler, écoutant à la Chambre des députés la discussion sur le 21 janvier, pouvant être apostrophé à chaque instant par quelque député de Lyon, et toujours menacé du terrible Tu es ille vir ! Les hommes de cette sorte ne peuvent être employés ostensiblement