Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/90

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« Mon mauvais génie m’apparut et m’annonça ma fin, que j’ai trouvée à Leipsick. »


« J’ai conjuré le terrible esprit de nouveauté qui parcourait le monde. »


C’est là très certainement du vrai Bonaparte.

Si les bulletins, les discours, les allocutions, les proclamations de Bonaparte se distinguent par l’énergie, cette énergie ne lui appartenait point en propre : elle était de son temps, elle venait de l’inspiration révolutionnaire qui s’affaiblit dans Bonaparte, parce qu’il marchait à l’inverse de cette inspiration. Danton disait : « Le métal bouillonne ; si vous ne surveillez la fournaise, vous serez tous brûlés. » Saint-Just disait : « Osez ! » Ce mot renferme toute la politique de notre Révolution ; ceux qui font des révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau.

Les bulletins de Bonaparte s’élèvent-ils au-dessus de cette fierté de parole ?

Quant aux nombreux volumes publiés sous le titre de Mémoires de Sainte-Hélène, Napoléon dans l’exil, etc., ces documents, recueillis de la bouche de Bonaparte, ou dictés par lui à différentes personnes, ont quelques beaux passages sur des actions de guerre, quelques appréciations remarquables de certains hommes ; mais en définitive Napoléon n’est occupé qu’à faire son apologie, qu’à justifier son passé, qu’à bâtir sur des idées nées, des événements accomplis, des choses auxquelles il n’avait jamais songé pendant le cours de ces événements. Dans cette compilation, où le pour et le contre se succèdent, où chaque opinion