Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/102

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choisir le lieu de sa résidence dans tous les États autrichiens, le royaume de Lombardie excepté. « Mais, ajouta Sa Majesté, les villes habitables en Autriche sont toutes à peu près à la même distance de France ; à Prague, je suis logé pour rien, et ma position m’oblige à ce calcul.

Noble calcul que celui-là pour un prince qui avait joui pendant cinq ans d’une liste civile de 20 millions, sans compter les résidences royales ; pour un prince qui avait laissé à la France la colonie d’Alger et l’ancien patrimoine des Bourbons, évalué de 25 à 30 millions de revenu !

Je dis : « Sire, vos fidèles sujets ont souvent pensé que votre royale indigence pouvait avoir des besoins ; ils sont prêts à se cotiser, chacun selon sa fortune, afin de vous affranchir de la dépendance de l’étranger. — Je crois, mon cher Chateaubriand, dit le roi en riant, que vous n’êtes guère plus riche que moi. Comment avez-vous payé votre voyage ? — Sire, il m’eût été impossible d’arriver jusqu’à vous, si madame la duchesse de Berry n’avait donné l’ordre à son banquier, M. Jauge, de me compter 6 000 francs. — C’est bien peu ! s’écria le roi ; avez-vous besoin d’un supplément ? — Non, Sire ; je devrais même, en m’y prenant bien, rendre quelque chose à la pauvre prisonnière ; mais je ne sais guère regratter. — Vous étiez un magnifique seigneur à Rome ? — J’ai toujours mangé consciencieusement ce que le roi m’a donné ; il ne m’en est pas resté deux sous. — Vous savez que je garde toujours à votre disposition votre traitement de pair : vous n’en avez pas voulu. — Non, sire, parce que vous