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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

de toute l’histoire de France, excepté le xviie et le xviiie siècle que nous n’avons pas encore commencés. — Oh ! moi, s’écria Henri, j’aime mieux une année fameuse : demandez-moi quelque chose sur une année fameuse. » Il était moins sûr de son affaire que sa sœur.

Je commençai par obéir à la princesse et je dis : « Eh bien ! Mademoiselle veut-elle me dire ce qui se passait et qui régnait en France en 1001 ? » Voilà le frère et la sœur à chercher, Henri se prenant le toupet, Mademoiselle ombrant son visage avec ses deux mains, façon qui lui est familière, comme si elle jouait à cache-cache, puis elle découvre subitement sa mine jeune et gaie, sa bouche souriante, ses regards limpides. Elle dit la première : « C’était Robert qui régnait, Grégoire V était pape, Basile III empereur d’Orient… — Et Othon III empereur d’Occident », cria Henri qui se hâtait pour ne pas rester derrière sa sœur, et il ajouta : « Veremond II en Espagne. » Mademoiselle lui coupant la parole dit : « Ethélrède en Angleterre. — Non pas, dit son frère, c’était Edmond, Côte-de-fer. » Mademoiselle avait raison ; Henri se trompait de quelques années en faveur de Côte-de-fer qui l’avait charmé ; mais cela n’en était pas moins prodigieux,

« Et mon année fameuse ? demanda Henri d’un ton demi-fâché. — C’est juste, monseigneur : que se passait-il en l’an 1593 ? — Bah ! s’écria le jeune prince, c’est l’abjuration d’Henri IV. » Mademoiselle devint rouge de n’avoir pu répondre la première.

Huit heures sonnèrent : la voix du baron de Damas