Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/112

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« Et puis il y a le serpent de verre, ai-je dit : il est superbe et point malfaisant ; il a la transparence et la fragilité du verre ; on le brise dès qu’on le touche. — Les morceaux ne peuvent pas se rejoindre ? a dit le prince. — Mais non, mon frère, a répondu pour moi Mademoiselle. — Vous êtes allé à la cataracte de Niagara ? a repris Henri. Ça fait un terrible ronflement ? peut-on la descendre en bateau ? — Monseigneur, un Américain s’est amusé à y précipiter une grande barque ; un autre Américain, dit-on, s’est jeté lui-même dans la cataracte ; il n’a pas péri la première fois ; il a recommencé et s’est tué à la seconde expérience. » Les deux enfants ont levé les mains et ont crié : « Oh ! »

Madame de Gontaut a pris la parole : « M. de Chateaubriand est allé en Égypte et à Jérusalem. » Mademoiselle a frappé des mains et s’est encore rapprochée de moi. « M. de Chateaubriand, m’a-t-elle dit, contez donc à mon frère les pyramides et le tombeau de Notre-Seigneur »

J’ai fait du mieux que j’ai pu un récit des pyramides, du saint tombeau, du Jourdain, de la Terre sainte. L’attention des enfants était merveilleuse : Mademoiselle prenait dans ses deux mains son joli visage, les coudes presque appuyés sur mes genoux, et Henri perché sur un haut fauteuil remuait ses jambes ballantes.

Après cette belle conversation de serpents, de cataractes, de pyramides, de saint tombeau. Mademoiselle m’a dit : « Voulez-vous me faire une question sur l’histoire ? — Comment, sur l’histoire ? — Oui, questionnez-moi sur une année, l’année la plus obscure