Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/124

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il a dans sa poche les clefs des conclaves ; les trois derniers papes lui doivent leur exaltation ; il connaît si bien l’opinion, il mesure si bien son ambition à ses forces, qu’en accompagnant madame la duchesse de Berry, il s’était fait donner un diplôme qui le nommait chef du conseil de la régence, premier ministre et ministre des affaires étrangères ! Et voilà comment ces pauvres gens comprennent la France et le siècle.

Cependant M. de Blacas est le plus intelligent et le plus modéré de la bande. En conversation il est raisonnable : il est toujours de votre avis : « Vous pensez cela ! c’est précisément ce que je disais hier. Nous avons absolument les mêmes idées ! » Il gémit de son esclavage ; il est las des affaires, il voudrait habiter un coin de la terre ignoré, pour y mourir en paix loin du monde. Quant à son influence sur Charles X, ne lui en parlez pas ; on croit qu’il domine Charles X : erreur ! il ne peut rien sur le roi ! le roi ne l’écoute pas ; le roi refuse ce matin une chose ; ce soir il accorde cette chose, sans qu’on sache pourquoi il a changé d’avis, etc. Lorsque M. de Blacas vous raconte ces balivernes, il est vrai, parce qu’il ne contrarie jamais le roi ; il n’est pas sincère, parce qu’il n’inspire à Charles X que des volontés d’accord avec les penchants de ce prince.

Au surplus, M. de Blacas a du courage et de l’honneur ; il n’est pas sans générosité ; il est dévoué et fidèle. En se frottant aux hautes aristocraties et en entrant dans la richesse, il a pris de leur allure. Il est très bien né ; il sort d’une maison pauvre, mais antique, connue dans la poésie et dans les armes. Le