Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/147

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
133
MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

Navarin l’indépendance à la Grèce ; elle a affranchi la chrétienté en s’emparant d’Alger : entreprises dans lesquelles avaient échoué Bonaparte, la Russie, Charles-Quint et l’Europe. Montrez-moi un pouvoir de quelques jours (et un pouvoir si disputé), lequel ait accompli de telles choses.

Je crois, la main sur la conscience, n’avoir rien exagéré et n’avoir exposé que des faits dans ce que je viens de dire sur la légitimité. Il est certain que les Bourbons ne voudraient ni ne pourraient rétablir une monarchie de château et se cantonner dans une tribu de nobles et de prêtres ; il est certain qu’ils n’ont point été ramenés par les alliés ; ils ont été l’accident, non la cause de nos désastres, cause qui vient évidemment de Napoléon. Mais il est certain aussi que le retour de la troisième race a malheureusement coïncidé avec le succès des armes étrangères. Les Cosaques se sont montrés dans Paris au moment où l’on y revoyait Louis XVIII : alors pour la France humiliée, pour les intérêts particuliers, pour toutes les passions émues, la Restauration et l’invasion sont deux choses identiques ; les Bourbons sont devenus la victime d’une confusion des faits, d’une calomnie changée, comme tant d’autres, en une vérité-mensonge. Hélas ! il est difficile d’échapper à ces calamités que la nature et le temps produisent ; on a beau les combattre, le bon droit n’entraîne pas toujours la victoire. Les Psylles, nation de l’ancienne Afrique, avaient pris les armes contre le vent du Midi ; un tourbillon s’éleva et engloutit ces braves : « Les Nasamoniens, dit Hérodote, s’emparèrent de leur pays abandonné. »