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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

sente une espèce de conque debout ; deux autres sanctuaires accompagnent latéralement cette conque : ils sont hauts, étroits, à voûtes multicentres, et séparés du chevet par des refends à rainures.

Les cendres des doges Mocenigo, Morosini, Vendramin, et de plusieurs autres chefs de la République, reposent ici[1]. Là se trouve aussi la peau d’Antoine Bragadino, défenseur de Famagouste, et à laquelle on peut appliquer l’expression de Tertullien : une peau vivante. Ces dépouilles illustres inspirent un grand et pénible sentiment : Venise elle-même, magnifique catafalque de ses magistrats guerriers, double cercueil de leurs cendres, n’est plus qu’une peau vivante.

Des vitraux coloriés et des draperies rouges, en voilant la lumière de Saints-Jean-et-Paul, augmentent l’effet religieux. Les colonnes innombrables apportées de l’Orient et de la Grèce ont été plantées dans la basilique comme des allées d’arbres étrangers.

Un orage est survenu pendant que j’errais dans l’église : quand sonnera la trompette qui doit réveiller tous ces morts ? J’en disais autant sous Jérusalem, dans la vallée de Josaphat.

Après ces courses, rentré à l’hôtel de l’Europe, j’ai remercié Dieu de m’avoir transporté des pourceaux de Waldmünchen aux tableaux de Venise.

    glise des Frères-Prêcheurs, et, dans cette église, le merveilleux tombeau de saint Dominique.

  1. L’église Santi-Giovanni e Paolo est le Westminster de Venise. Elle est obscure comme une nécropole. Dix-sept doges, les Tiepolo, les Morosini, les Mercenigo, les Loredan, les Valier, les plus grands capitaines de la République, les savants les plus illustres, y sont enterrés.