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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

lui dit-il, que je sois votre esclave. Comme je soignerai vos arbres ! avec quelle précaution, en automne, je couvrirai votre citronnier de plantes légères ! Sous le verre des couches j’élèverai de belles fleurs. »

Le récit des amours du Tasse était perdu, Gœthe l’a retrouvé.

Les chagrins des Muses et les scrupules de la religion commencèrent à altérer la raison du Tasse. On lui fit subir une détention passagère. Il s’échappa presque nu : égaré dans les montagnes, il emprunta les haillons d’un berger, et, déguisé en pâtre, il arriva chez sa sœur Cornélie. Les caresses de cette sœur et l’attrait du pays natal apaisèrent un moment ses souffrances : « Je voulais, disait-il, me retirer à Sorrente comme dans un port paisible, quasi in porto di quiete. » Mais il ne put rester il était né ! Un charme l’attirait à Ferrare : l’amour est la patrie.

Reçu froidement du duc Alphonse, il se retira de nouveau ; il erra dans les petites cours de Mantoue, d’Urbino, de Turin, chantant pour payer l’hospitalité. Il disait au Metauro, ruisseau natal de Raphaël : « Faible, mais glorieux enfant de l’Apennin, voyageur vagabond, je viens chercher sur tes bords la sûreté et mon repos. » Armide avait passé au berceau de Raphaël ; elle devait présider aux enchantements de la Farnésine.

Surpris par un orage aux environs de Verceil, le Tasse célébra la nuit qu’il avait passée chez un gentilhomme, dans le beau dialogue du Père de famille. À Turin, on lui refusa l’entrée des portes, tant il était dans un état misérable. Instruit qu’Alphonse allait