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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

un maintien de protocole, un air de préfecture comme à un homme nourri aux administrations françaises. Cette capacité bureaucratique me fit trembler. Aussitôt qu’il m’eut assuré avoir été commissaire à l’armée des alliés dans le département des Bouches-du-Rhône, l’espérance me revint : j’attaquai mon ennemi en tirant droit à son amour-propre. Je déclarai qu’on avait remarqué la stricte discipline des troupes stationnées en Provence. Je n’en savais rien, mais le délégué, me répondant par un débordement d’admiration, se hâta d’expédier mon affaire : je n’eus pas plutôt obtenu mon visa, que je ne m’en souciais plus.

Padoue, 20 septembre 1833.

La duchesse de Berry revint du Catajo à neuf heures du soir : elle paraissait très animée ; quant à moi, plus j’avais été pacifique, plus je voulais qu’on acceptât le combat : on nous attaquait, force était de nous défendre. Je proposai, moitié en riant, à S. A. R. de l’emmener déguisée à Prague, et d’enlever à nous deux Henri V. Il ne s’agissait que de savoir où nous déposerions notre larcin. L’Italie ne convenait pas, à cause de la faiblesse de ses princes ; les grandes monarchies absolues devaient être abandonnées pour un millier de raisons. Restait la Hollande et l’Angleterre : je préférais la première parce qu’on y trouvait, avec un gouvernement constitutionnel, un roi habile.

Nous ajournâmes ces partis extrêmes ; nous nous arrêtâmes au plus raisonnable : il faisait tomber sur moi le poids de l’affaire. Je partirais seul avec une lettre de Madame : je demanderais la déclaration de la