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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

d’un arrêt de mort : quelques-uns, blessés dans la Vendée[1], presque tous pauvres, ont été obligés de se cotiser pour être à même de porter jusqu’à Prague l’expression de leur fidélité. Aussitôt un ordre leur ferme les frontières de la Bohême. Ceux qui parviennent à Butschirad ne sont reçus qu’après les plus grands efforts ; l’étiquette leur barre le passage, comme MM. les gentilshommes de la chambre défendaient à Saint-Cloud la porte du cabinet de Charles X tandis que la révolution entrait par les fenêtres. On déclare à ces jeunes gens que le roi s’en va, qu’il ne sera pas à Prague le 29. Les chevaux sont commandés, la famille royale plie bagage. Si les voyageurs obtiennent enfin la permission de prononcer à la hâte un compliment, on les écoute avec crainte. On n’offre pas un verre d’eau à la petite troupe fidèle ; on ne la prie pas à la table de l’orphelin qu’elle est venue chercher de si loin ; elle est réduite à boire dans un cabaret à la santé de Henri. On fuit devant une poignée de Vendéens, comme on s’est dispersé devant une centaine de héros de Juillet.

Et quel est le prétexte de ce sauve qui peut ? On va au-devant de madame la duchesse de Berry, on donne à la princesse un rendez-vous sur un grand

    pour saluer Henri de France, le jour où il entrait dans sa quatorzième année, pouvait déranger ces arrangements particuliers de l’exil. Il n’était donc pas pour plaire au vieux roi et à son fils. De là les petits incidents que notera tout à l’heure l’auteur des Mémoires.

  1. « Il y avait parmi les visiteurs de Prague des Vendéens dont les blessures n’étaient pas fermées, et jusqu’à huit contumaces, qui avaient dérobé par la fuite leurs têtes à un arrêt de mort. » (Alfred Nettement, Henri de France, tome I, page 264.)