Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/402

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
386
MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

couvrir dans sa tombe, mais son dessein n’a point été rempli.

Et vous demanderez pour la sainte relique
Quelques urnes de terre au sol de l’Amérique,
Et vous rapporterez ce sublime oreiller,
Afin qu’après la mort, sa dépouille chérie
Puisse du moins avoir six pieds dans sa patrie
  De terre libre où sommeiller.

Au moment fatal, oubliant à la fois ses rêves politiques et les romans de sa vie, il a voulu reposer à Picpus auprès de sa femme vertueuse : la mort fait tout rentrer dans l’ordre.

À Picpus sont enterrées des victimes de cette révolution commencée par M. de La Fayette ; là s’élève une chapelle où l’on dit des prières perpétuelles en mémoire de ces victimes. À Picpus j’ai accompagné M. le duc Mathieu de Montmorency, collègue de M. de La Fayette à l’Assemblée constituante ; au fond de la fosse, la corde tourna la bière de ce chrétien sur le côté, comme s’il se fût soulevé sur le flanc pour prier encore.

J’étais dans la foule, à l’entrée de la rue Grange-Batelière, quand le convoi de M. de La Fayette défila : au haut de la montée du boulevard, le corbillard s’arrêta ; je le vis, tout doré d’un rayon fugitif du soleil, briller au-dessus des casques et des armes : puis l’ombre revint et il disparut.

La multitude s’écoula ; des vendeuses de plaisirs crièrent leurs oublies, des vendeurs d’amusettes portèrent ça et là des moulins de papier qui tournaient