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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

pas ou ne devenaient pas indifférentes ; mais telle chose peut paraître une nécessité à une époque et n’être pas même sentie à une autre.

Hélas ! avec quelle rapidité les choses s’évanouissent ! où sont les trois frères que j’ai vus successivement régner ? Louis XVIII habite Saint-Denis avec la dépouille mutilée de Louis XVI ; Charles X vient d’être déposé à Goritz, dans une bière fermée à trois clefs.

Les restes de ce roi, en tombant de haut, ont fait tressaillir ses aïeux ; ils se sont retournés dans leur sépulcre ; ils ont dit en se serrant : « Faisons place, voici le dernier d’entre nous. » Bonaparte n’a pas fait autant de bruit en entrant dans la vie éternelle ; les vieux morts ne se sont point réveillés pour l’empereur des morts nouveaux. Ils ne le connaissaient pas. La monarchie française lie le monde ancien au monde moderne. Augustule quitte le diadème en 476. Cinq ans après, en 481, la première race de nos rois, Clovis, règne sur les Gaules.

Charlemagne, en associant au trône Louis le Débonnaire, lui dit : « Fils cher à Dieu, mon âge se hâte, ma vieillesse même m’échappe ; le temps de ma mort approche. Le pays des Francs m’a vu naître, Christ m’a accordé cet honneur. Le premier d’entre les Francs, j’ai obtenu le nom de César et transporté à l’empire des Francs l’empire de la race de Romulus. »

Sous Hugues, avec la troisième race, la monarchie élective devient héréditaire. L’hérédité enfante la légitimité, ou la permanence, ou la durée.

C’est entre les fonts baptismaux de Clovis et l’écha-