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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

attaquait, sous les verrous de sa geôle[1], les mêmes systèmes avec sa puissance logique qui s’éclaire de la splendeur du poète. Un passage emprunté à sa brochure intitulée : Du Passé et de l’Avenir du Peuple[2], complètera mes raisonnements ; écoutez-le, c’est lui maintenant qui parle :

« Pour ceux qui se proposent ce but d’égalité rigoureuse, absolue, les plus conséquents concluent, pour l’établir et pour le maintenir, à l’emploi de la force, au despotisme, à la dictature, sous une forme ou sous une autre forme.

« Les partisans de l’égalité absolue sont d’abord contraints d’attaquer les inégalités naturelles, afin de les atténuer, de les détruire s’il est possible. Ne pouvant rien sur les conditions premières d’organisation et de développement, leur œuvre commence à l’instant où l’homme naît, où l’enfant sort du sein de sa mère. L’État alors s’en empare : le voilà maître absolu de l’être spirituel comme de l’être organique. L’intelligence et la conscience, tout dépend de lui, tout lui est soumis. Plus de famille, plus de paternité, plus de mariage dès lors ; un mâle, une femelle, des petits que l’État manipule, dont il fait ce qu’il veut, moralement, physiquement, une servitude universelle et si pro-

  1. Lamennais, poursuivi devant la Cour d’assises de la Seine pour un de ses écrits politique, le Pays et le Gouvernement, avait été condamné, le 26 décembre 1840, à un an de prison et à 2 000 francs d’amende.
  2. La brochure de Lamennais venait de paraître, lorsqu’à l’automne de 1841 Chateaubriand écrivait ces dernières pages des Mémoires.