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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

fonde que rien n’y échappe, qu’elle pénètre jusqu’à l’âme même.

« En ce qui touche les choses matérielles, l’égalité ne saurait s’établir d’une manière tant soit peu durable par le simple partage. S’il s’agit de la terre seule, on conçoit qu’elle puisse être divisée en autant de portions qu’il y a d’individus ; mais le nombre des individus variant perpétuellement, il faudrait aussi perpétuellement changer cette division primitive. Toute propriété individuelle étant abolie, il n’y a de possesseur de droit que l’État. Ce mode de possession, s’il est volontaire, est celui du moine astreint par ses vœux à la pauvreté comme à l’obéissance ; s’il n’est pas volontaire, c’est celui de l’esclave, là où rien ne modifie la rigueur de sa condition. Tous les liens de l’humanité, les relations sympathiques, le dévouement mutuel, l’échange des services, le libre don de soi, tout ce qui fait le charme de la vie et sa grandeur, tout, tout a disparu, disparu sans retour.

« Les moyens proposés jusqu’ici pour résoudre le problème de l’avenir du peuple aboutissent à la négation de toutes les conditions indispensables de l’existence, détruisent, soit directement, soit implicitement, le devoir, le droit, la famille et ne produiraient, s’ils pouvaient être appliqués à la société, au lieu de la liberté dans laquelle se résume tout progrès réel, qu’une servitude à laquelle l’histoire, si haut qu’on remonte dans le passé, n’offre rien de comparable. »

Il n’y a rien à ajouter à cette logique.

Je ne vais pas voir les prisonniers, comme Tar-