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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

térêt. Mademoiselle de Chateaubriand faisait agréablement et facilement les vers ; sa mémoire se montrait fort étendue, sa lecture prodigieuse ; c’était en elle une véritable passion. On a connu d’elle une traduction en vers du septième chant de la Jérusalem, quelques épîtres et deux actes d’une comédie où les mœurs de ce siècle étaient peintes avec autant de finesse que de goût.

Elle était âgée de dix-huit ans lorsqu’elle épousa[1] Annibal de Farcy de Montvallon, capitaine au régiment de Condé .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

Personne ne saurait peindre, je ne dis point encore cette héroïque pénitence qui sera la plus belle partie de ses jours, mais ce charme unique, inexprimable, attaché à toutes ses paroles, à toutes ses manières…

La jeune mondaine avait mis bas les armes ; la vertu l’enchaînait à son char ; mais combien il lui restait à faire pour immoler tout ce qui lui avait été le plus cher jusqu’à ce moment ! Entre les objets quelle affectionnait davantage, ayant aimé passionnément la poésie, elle s’y était livrée au point d’en faire son unique occupation .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

Dans un temps que, seule à la campagne, poursuivie par un sentiment secret qu’elle repoussait encore, elle se promenait à grands pas dans un bois qui entourait sa demeure, disputant contre la grâce, elle se disait : « Faire des vers n’est pas un crime, s’ils n’attaquent ni la religion, ni les mœurs. Je ferai des vers et je servirai Dieu. » .  .  .  .  .  .  

Après des combats qui la retinrent pendant plusieurs jours dans un état d’agitation cruelle, elle prit

  1. En 1782.