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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

sur le roi d’Espagne et ses ministres ; il attribue entièrement ces intrigues à une cupidité insatiable, l’accusant de ne faire usage de son influence que pour forcer le roi Ferdinand à prendre des engagements humiliants et onéreux et dont Pozzo et quelques agioteurs profiteraient largement. À l’appui de cette grave accusation, M. Canning joint à sa lettre la copie d’une autre lettre sans signature, écrite de Madrid, qui dénonce en quelque sorte le général Pozzo comme travaillant à renverser le comte d’Offalia et tout le ministère espagnol (à la nomination duquel il est censé avoir cependant puissamment contribué), uniquement parce que le général Pozzo doit avoir acquis pour plusieurs millions de bons sur les Cortès, et que le comte d’Offalia, se refusant à reconnaître l’emprunt révolutionnaire, la fortune et la réputation du général se trouvent également compromises.

« Cette lettre, arrivée par la poste, a nécessairement été ouverte ; l’empereur en a connaissance et je crois être sûr que M. d’Oubril[1] est chargé de prendre très secrètement des renseignements sur la vérité de cette accusation. J’espère pour le général Pozzo que ce n’est qu’une mauvaise intrigue du cabinet anglais. S’il en était autrement, j’en serais fâché pour son honneur et pour son existence ; l’un serait perdu, et l’autre serait affreuse et vouée au mépris. Vous serez à même, monsieur le vicomte, de savoir si toute cette vilaine histoire a quelque fondement ; dans ce cas-là, veuillez jusqu’à mon arrivée n’en faire aucun usage, et surtout ne rien

  1. Il venait d’être nommé ambassadeur de Russie à Madrid.