Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/537

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


GÉNÉALOGlE DE MA FAMILLE.

En écrivant les différentes parties de ces Mémoires, je n’ai point dit le travail intérieur qu’ils m’ont coûté. Il était naturel qu’en m’occupant des hommes et des lieux, je voulusse connaître ce qu’étaient ces lieux et ces hommes. La passion de l’histoire m’a dominé toute ma vie. J’ai souvent entretenu des correspondances sur des faits qui n’intéressent personne : je me plais, par exemple, à savoir comment s’appelle un champ que j’ai vu sur le bord d’un chemin, qui possédait jadis ce champ, comment il est parvenu au propriétaire actuel ; je m’attache de même à découvrir ce que sont devenus des cadets disparus vers telle ou telle époque. C’est ainsi qu’ayant à parler de ma famille, je me suis livré à mes investigations favorites, sans autre intérêt que mon plaisir d’annaliste, indifférent d’ailleurs à tous les autres intérêts qu’on peut attacher à un nom : j’ai pensé mourir d’aise quand j’ai découvert que j’avais des alliances avec un prêtre de paroisse nommé Courte-Blanchardière de la Boucatelière-Foiret, qui demeurait dans un clocher.

J’avais donc réuni sur ma famille ce que j’en avais pu apprendre ; mais mon texte bourré de ma science devenait long : l’ennui que j’aime à trouver au fond de l’histoire n’est pas du goût de chacun ; c’est pour-