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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

tant de la succession des terrains arides et féconds que se compose un pays.

Arrêté par mille difficultés, je résolus à ne mentionner dans mes Mémoires que ce qu’il fallait pour faire connaître les idées de mon père et l’influence qu’elles eurent sur ma première éducation. Une chose me décidait encore à la suppression de ces errements de famille : je possédais le mémorial des titres envoyés à Malte en 1789 pour mon agrégation à l’ordre ; mais je n’avais pas le travail des Chérin sur ces titres ; bien que ma présentation à Louis XVI fît preuve de ce travail, encore me manquait-il, et par conséquent la base de l’édifice. Les deux Chérin, Bernard[1] et son fils Louis-Nicolas, étaient morts ; le dernier ayant embrassé la révolution, était devenu chef d’état-major de l’armée du Danube. On connaît la sévérité du père et du fils : le premier se plaignait des généalogistes chambrelants (ouvriers qui travaillent en chambre), gens sans études, qui, pour de l’argent, bercent les particuliers d’idées chimériques de noblesse et de grandeurs.

Les archives des Chérin avaient été dispersées quand le passé ne compta plus ; mais peu à peu les cartons cachés ou dérobés furent rapportés à notre vaste dépôt littéraire : ils y continuent aujourd’hui une série précieuse de manuscrits.

Le carton dans lequel il est question de ma famille est du nombre de ceux qui n’ont pas été perdus. M. Charles Lenormant, conservateur à la Bibliothèque du roi, sachant que je faisais des recherches, et pen-

  1. Sur Bernard Chérin, voir au tome I des Mémoires, la note 2 de la page 5 (note 8 du Livre Premier de la Première Partie).