Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/62

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et se recoquiller de manière à vous être très incommode ; et puisque je suis dans le pays d’Auguste Lafontaine[1], j’imiterai son génie ; je veux instruire la dernière postérité de ce qui existait de mon temps dans la chambre de mon auberge à Waldmünchen. Sachez donc, arrière-neveux, que cette chambre était une chambre à l’italienne, murs nus, badigeonnés en blanc, sans boiseries ni tapisserie aucune, large plinthe ou bandeau coloré au bas, plafond avec un cercle à trois filets, corniche peinte en rosaces bleues avec une guirlande de feuilles de laurier chocolat, et au-dessous de la corniche, sur le mur, des rinceaux à dessins rouges sur un fond vert américain. Çà et là, de petites gravures françaises et anglaises encadrées. Deux fenêtres avec rideaux de coton blanc. Entre les fenêtres un miroir. Au milieu de la chambre, une table de douze couverts au moins, garnie de sa toile cirée à fond élevé, imprimé de roses et de fleurs diverses. Six chaises avec leurs coussins, recouverts d’une toile rouge à carreaux écossais. Une commode, trois couchettes autour de la chambre ; dans un angle, auprès de la porte, un poêle de faïence vernissée noir, et dont les faces présentent en relief les armes de Bavière ; il est surmonté d’un récipient en forme de couronne gothique. La porte est munie d’une machine de fer compliquée, capable de clore les huis d’une geôle et de déjouer les rossignols des amants et des

  1. Lafontaine (Auguste-Henri-Jules), né à Brunswick, le 10 octobre 1759, mort à Halle le 20 avril 1831. Ses romans, au nombre d’une cinquantaine, ont eu un succès considérable, et plusieurs ont été traduits en français. Le plus célèbre de ses ouvrages, publié à Berlin, de 1797 à 1804, sous le titre d’Histoires de famille, ne forme pas moins de 12 volumes.