Page:Chauveau - Charles Guérin, roman de mœurs canadiennes, 1853.djvu/169

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
159
CHARLES GUÉRIN.

VI.

L’ESPOIR DE LA FAMILLE.



CHEZ nos voisins des États-Unis l’autorité paternelle se réduit maintenant à peu de chose. L’individualisme a remplacé l’esprit de famille. Chaque citoyen, satisfait d’avoir assuré à ses enfans le plus profitable de tous les héritages : une bonne instruction pratique, qui peut faire de chacun d’eux, soit un cultivateur éclairé, soit un manufacturier inventif, leur abandonne le soin de se frayer eux-mêmes un chemin dans le monde, s’occupe peu de leur laisser une fortune à partager entr’eux, et risque sans scrupule dans la spéculation la plus hasardeuse tout leur patrimoine. L’enfant de son côté choisit de bonne heure l’état qui lui convient, va où il veut, souvent au bout du monde, en revient quand il le peut, se marie quand il le veut, et comme il lui plaît ; et, quelque chose qu’il fasse, il lui vient rarement à l’idée de prendre l’avis de ses parens. Il n’ont rien à voir dans ses affaires, et ce n’est que juste : on ne s’affranchit d’un devoir qu’en renonçant à un droit.

Quoique chez nous les mœurs intimes, les choses du foyer domestique, se modifient de jour en jour au contact des institu-