Page:Chevalley - Le Roman anglais de notre temps.djvu/24

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moderne. Il serait intéressant d’explorer l’origine de cette lignée et d’y montrer les débuts du réalisme. Citons du moins le Thomas of Reading de Deloney, où l’auteur, un tisseur de soie londonien, a, dès 1596, dépeint la vie ouvrière de Londres et tracé des scènes de crime qui annoncent le roman à frisson.

À travers toute la première moitié du dix-septième siècle, on suit dans la fiction en prose ces deux veines, l’une héroïque, pastorale, amoureuse, l’autre drue et canaille. L’Urania de Lady Mary Wroth (1621), la Parthenissa de Bayle (1664), l’Aretina de Mackenzie (1661), pour ne citer que deux ou trois noms dans cette époque fertile et mal connue, rappellent à la fois l’Arcadia de Sidney et les œuvres contemporaines de La Calprenède et de Mlle de Scudéry. D’autre part, les coquins et les brigands, souvent peints pour ou par eux-mêmes (jusque dans les quatre volumes de The English Rogue, par Richard Head et Francis Kirkman, 1665-1680), avaient, dès le temps d’Élisabeth, pris l’habitude édifiante de se confesser et de se repentir. Ils sont, dans la génération suivante, enrôlés au service de la religion, qui s’annexe en même temps les héros du roman chevaleresque, les habille d’allégories, et lance cette compagnie bigarrée à la conquête du paradis. Ainsi le puritanisme militant suscite une série d’œuvres oubliées, parmi lesquelles le Bentivolio de Nathaniel Ingelo fait, dès 1660, nettement pressentir la puissance du Pilgrim’s Progress de Bunyan (1678 et 1684). Dès lors, la préoccupation morale ne quittera plus guère la fiction anglaise, même quand, avec Mrs. Behn (Oronoko, 1688), le roman aura envahi les tropiques, incorporé l’exotisme et les sauvages. Il faudrait encore, au XVIIme siècle, montrer une réaction continue contre les absurdités de la fiction héroïque, le