Page:Chevalley - Le Roman anglais de notre temps.djvu/25

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progrès secret de l’observation, même dans l’allégorie, l’apparition de l’art dramatique dans la composition[1].

L’aventure picaresque, le sentiment puritain, l’exotisme, le déplacement perpétuel, la précision du détail, le dédain de l’héroïque, tout cela va se retrouver chez Defoe. Surtout, il y aurait lieu de suivre la multiplication des livres de « caractères », puis le développement de l’ « essai » dans les revues et pamphlets, pour comprendre comment s’est élaborée cette analyse quasi-photographique des personnages et des milieux, qui a distingué le roman anglais dès sa création. Les lettres de Paméla ne procèdent pas moins du Tatler que les hors-d’œuvre de Tom Jones des essais du Spectator.

Ainsi, vers la fin du XVIIme siècle se groupaient les éléments d’un genre nouveau. Le roman avait été jusqu’alors une mode et une imitation, destinée à un cercle restreint, vouée aux sujets d’exception.

À peine trois générations d’hommes avaient encore vécu depuis l’invention de l’imprimerie. Mais Réforme et Révolution n’avaient pas en vain multiplié les lecteurs et créé jusque dans le peuple un besoin quotidien de lecture. Les journaux venaient de commencer et permettaient d’y satisfaire. Le public de Defoe était né. Ce très grand écrivain, longtemps méconnu, souffla la vie au cœur de la fiction.


Daniel Defoe serait inexplicable si l’on ne voyait en lui que l’auteur de Robinson Crusoe. Ce fut un géant de lettres, un phénomène de fertilité, auprès de qui Balzac lui-même paraît un enfant. Nous avons de lui deux cent cinquante ouvrages et plusieurs autres centaines lui sont attribués. Les romans ne sont qu’une partie de ses œuvres, et secondaire à ses yeux. Il ne commença de

  1. Ex. le roman de Congreve, Incognito.