Page:Chevalley - Le Roman anglais de notre temps.djvu/46

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il leur fallait encore des enluminures à regarder, voire des images à briser. Par contraste avec la grise monotonie de leur destin et de leur entourage, elles avaient besoin de rire et de pleurer et ne craignaient l’excès ni de la couleur, ni du sentiment, ni de l’humour.

Un jeune écrivain, presque hystérique de tempérament, que ses propres inventions font pleurer de joie et d’orgueil, paraît alors. Il est acteur autant qu’auteur. Il déborde de mouvement et d’expression. C’est Charles Dickens. Il a le don de la caricature qui n’est que l’exagération du réel. Il a la fraîcheur de l’imagination populaire, avec une ferveur, une intensité faubourienne d’émotions, qui lui permet de vivre ses personnages tout en les créant. Qu’importe s’ils tombent dans un excès de pathétique ou de comique qui souvent touche d’une part à la farce, et d’autre part au mélodrame ? Qu’importe s’ils se distinguent par des tics, des manies, des étiquettes ? Ils vivent d’une existence saccadée, lumineuse, grésillante, qui fait prévoir les débuts du cinéma. Nous ne les avons jamais rencontrés, mais ils vivent. Et avec quel relief, quelle abondance !

C’est par une immense farce que Dickens séduit son public. Les personnages de Pickwick Papers, désormais désuets, inconnus de notre génération : bedeaux, cochers, aubergistes, prisonniers pour dettes, devraient être oubliés, indistincts. Leur comique rappelle les pantomimes de Noël. Qu’il est pâle, le feu de la rampe, sur les burlesques d’avant-hier. Mais ces acrobates, ces fantoches, sont d’un grain immortel. Voyez M. Pickwick. Son humanité, sa charité, finit par être aussi discrètement touchante que leur naïveté paraît bruyamment comique.

C’est en effet le souci de l’humanité, de la souffrance, et de la dignité humaine, qui, sans qu’il s’en doute, sans