Page:Chevalley - Le Roman anglais de notre temps.djvu/47

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qu’il fasse autre chose que suivre l’instinct de son cœur et de ses dons, va maintenant inspirer Dickens dans la révolte incohérente de toute son œuvre contre le système social où il est immergé. Après avoir fait rire son public, il va maintenant le faire pleurer, tantôt de pitié, tantôt d’indignation sur ceux qui n’appartiennent à aucune des classes possédantes ou aspirantes et vivent dans l’enfer terrestre qu’engendre la civilisation utilitaire. Recherche du sensationnel ? poursuite des scènes à faire ? sans doute, mais autant et plutôt instinct de santé sociale.

Donc il conduit d’abord ses lecteurs dans les sombres parages où l’enfance est exercée au crime (Oliver Twist, 1839) et, à côté d’effets qui nous semblent aujourd’hui faciles, on rencontre, dans les ténèbres du bas Londres, des êtres et des spectacles que personne depuis Defoe et Smollett n’avait dépeints avec une si minutieuse vérité. The Artful ‘Dodger’ en est un témoignage.

Puis c’est le martyre et la révolte des écoliers dans les geôles de jeunesse (Nickolas Nickleby), les émeutes de Barnaby Rudge (1840), l’atmosphère mélodramatique de Old Curiosity Shop (1841) et, après un premier voyage aux États-Unis, la caricature dans Martin Chuzzlewit (1843) des caricatures britanniques que fournissait alors l’Amérique. Enfin un roman autobiographique, David Copperfield (1849), plus mesuré, plus serein, clôt la série des premiers chefs-d’œuvre de Dickens. Il se répète dans Bleak House (1852) et Little Dorrit (1855), échoue dans Hard Times (1854), aborde l’histoire par le mélodrame dans The Tale of Two Cities (1859), et termine par deux œuvres mieux construites Great Expectations (1861) et Our Mutual Friend (1864) la seconde série de ses grands romans.

Tous ses dons l’entraînent vers l’excès : excès d’imagi