Page:Chevalley - Le Roman anglais de notre temps.djvu/63

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le bien-être des riches et les privations des pauvres… affirmation orgueilleuse des droits de l’homme… mécontentement impie… » Un peu plus tard, la North Amerikan Review se prononce dans le même sens.

Les revues avaient tort de crier à l’immoralité. Elles avaient raison contre Charlotte Brontë de dénoncer une rupture du roman avec la moralité. George Eliot va l’y ramener.


Étrange paradoxe. Deux institutrices de village, provinciales par naissance, tempérament, conviction, une grande pionne héroïque, stoïcienne, un peu revêche et hirsute, une petite « governess » précocement vieillie, cachant son âme généreuse, l’air d’une chouette au soleil, effrayée du bruit qu’elle fait, deux grands cœurs sans aménité, sans grâce, ont remué le monde littéraire et moral, conquis pour la femme le droit de s’avouer amoureuse, sans avoir, en apparence, connu de l’amour autre chose que la veille, l’instinct et l’espoir.

Arrive une savante, une intellectuelle, libre dans sa pensée jusqu’à renier tout dogme, libre dans sa conduite jusqu’à pratiquer ouvertement l’amour sans mariage. C’est elle qui restaure la loi morale dans le roman.

Née dans une ferme, grandie dans une atmosphère provinciale et puritaine, très intelligente, et le sachant, elle est à vingt et un ans transportée à Coventry, un milieu à la fois religieux et philosophique. Elle y perd sa foi. À trente-deux ans, elle devient secrétaire de rédaction de la Westminster Review, à Londres, en rapports journaliers avec tout ce que l’Angleterre compte d’esprits « avancés » savants et écrivains. Elle fréquente Froude et Carlyle, Newman et Martineau. C’est alors qu’elle rencontre George Lewes et vit avec lui sans