Page:Chevalley - Le Roman anglais de notre temps.djvu/77

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Roman anglais au XIX m Siècle 61 M. Constantin Photîadès l'a; je crois, révélée pour la première fois au public français. C'est l'esprit comique, le sens de là comédie, qui est pour Meredith l'instrument littéraire par excellence. Sans lui, Motker Eartk, Notre Mère la Terre, resterait pour ses enfants impénétrable et sans vertu. Avoir l'esprit comique, c'est avant tout avoir l'instinct, la soif, le besoin de la vérité. L'humour anglais, l'esprit français, sont essentiellement une préhension du réel, c'est-à-dire de l'individuel. Pas de types, pas de classes. Rien que des personnes. Tant mieux si le lecteur leur découvre une parenté. Ce n'est pas l'affaire de l'auteur. Quand on pense que cette doctrine artistique s'élaborait au moment même où George Eliot et son école remplissaient le monde littéraire de leurs généralisations et de leurs catégories, inspirées de la classification et de l'évolution scientifiques, il est difficile de s'exagérer la force et l'originalité du génie de Meredith. Quelle vertu n'y a-t-il pas dans l'isolement pour ceux qui en ont la force ou le goût ? Ce n'est pas seulement la généralisation intellectuelle, mère de clarté scientifique, et aussi de froideur et de fausseté artistiques, qui se trouve écartée de cette façon, mais encore son contraire, la caricature, l'extrême spécialisation, l'exagéra- tion du trait individuel, et aussi le faux sentiment, l'émotion à bon marché, que provoquent une excitation locale et grossière de la sympathie, un sectionnement arbitraire et artificiel de la sensibilité. Ainsi le rire bruyant, les larmes faciles de Dickens, la fleur bleue et fragile du sentiment à fleur de peau qui fleurit même dans Thackeray, tout ce qu'il y a de moins bon dans leur œuvre (contemporaine de Meredith, ne l'oublions pas), se trouve doucement mais fermement éliminé du roman tel que Meredith le comprend. Ce n'est pas le rire, mais le JafeedbvGoOgle

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