Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/159

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Adieu, monsieur ; je peux bien vous assurer que s’il m’était permis d’aimer quelqu’un, ce ne serait jamais que vous que j’aimerais. Mais voilà tout ce que je peux vous dire, & c’est peut-être même plus que je ne devrais.

De … ce 31 août 17…


Lettre L

La présidente de Tourvel au vicomte de Valmont

Est-ce donc ainsi, Monsieur, que vous remplissez les conditions auxquelles j’ai consenti à recevoir quelquefois de vos lettres ? Et puis-je ne pas avoir à m’en plaindre, quand vous ne m’y parlez que d’un sentiment auquel je craindrais encore de me livrer, quand même je le pourrais sans blesser tous mes devoirs ?

Au reste, si j’avais besoin de nouvelles raisons pour conserver cette crainte salutaire, il me semble que je pourrais les trouver dans votre dernière lettre. En effet, dans le moment même où vous croyez faire l’apologie de l’amour, que faites-vous au contraire, que m’en montrer les orages redoutables ? Qui peut vouloir d’un bonheur acheté au prix de la raison, & dont les plaisirs peu durables sont au moins suivis des regrets, quand ils ne le sont pas des remords ?

Vous-même, chez qui l’habitude de ce délire dangereux doit en diminuer l’effet, n’êtes-vous pas ce-