Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/191

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qu’elle me promit d’autant plus volontiers, que je lui fis observer combien il serait heureux que cette enfant prît assez de confiance en moi pour m’ouvrir son cœur, & me mettre à portée de lui donner mes sages conseils. Ce qui m’assure qu’elle tiendra sa promesse, est que je ne doute pas qu’elle ne veuille se faire honneur de sa pénétration auprès de sa fille. Je me trouvais, par là, autorisée à garder mon ton d’amitié avec la fille, sans paraître fausse aux yeux de la mère ; ce que je voulais éviter. J’y gagnais encore d’être, par la suite, aussi longtemps & aussi secrètement que je voudrais, avec la petite personne, sans que la mère en prît jamais d’ombrage.

J’en profitai dès le soir même ; & après ma partie finie, je chambrai la petite dans un coin, & la mis sur le chapitre de Danceny, sur lequel elle ne tarit jamais. Il n’est sorte de folie que je ne lui aie fait dire. Je m’amusais à lui monter la tête sur le plaisir qu’elle aurait à le voir le lendemain. Il fallait bien lui rendre en espérance ce que je lui ôtais en réalité ; & puis, tout cela devait rendre le coup plus sensible, & je suis persuadée que plus elle aura souffert, plus elle sera pressée de s’en dédommager à la première occasion. Il est bon, d’ailleurs, d’accoutumer aux grands mouvements quelqu’un qu’on destine aux grandes aventures.

Après tout, ne peut-elle pas payer de quelques larmes le plaisir d’avoir son Danceny ? elle en raffole ! eh bien, je lui promets qu’elle l’aura, & plutôt même qu’elle ne l’aurait eu sans cet orage. C’est un