Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/233

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est une prophétie, non de ce que vous ferez, mais de ce qu’il vous croira prête à faire au moment de la chute que vous lui préparez. J’approuve assez ce projet ; il exige pourtant de grands ménagements. Vous savez comme moi que, pour l’effet public, avoir un homme ou recevoir ses soins, est absolument la même chose, à moins que cet homme ne soit un sot : & Prévan ne l’est pas, à beaucoup près. S’il peut gagner seulement une apparence, il se vantera, & tout sera dit. Les sots y croiront, les méchants auront l’air d’y croire : quelles seront vos ressources ? Tenez, j’ai peur. Ce n’est pas que je doute de votre adresse : mais ce sont toujours les bons nageurs qui se noient.

Je ne me crois pas plus bête qu’un autre : des moyens de déshonorer une femme, j’en ai trouvé cent, j’en ai trouvé mille : mais quand je me suis occupé de chercher comment elle pourrait s’en sauver, je n’en ai jamais vu la possibilité. Vous-même, ma belle amie, dont la conduite est un chef-d’œuvre, cent fois j’ai cru vous voir plus de bonheur que de bien joué.

Mais après tout, je cherche peut-être une raison à ce qui n’en a point. J’admire comment, depuis une heure, je traite sérieusement ce qui n’est, à coup sûr, qu’une plaisanterie de votre part. Vous allez vous moquer de moi ! Eh bien ! soit ; mais dépêchez-vous, et parlons d’autre chose. D’autre chose ? je me trompe, c’est toujours de la même ; toujours des femmes à avoir ou à perdre, & souvent tous les deux.

J’ai ici, comme vous l’avez fort bien remarqué, de